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Où est Fany ?

Texte écrit lors de mon atelier d’écriture.

Consigne : Inventer une suite à l’incipit de Numéro Six de Véronique Olmi ci-dessous sous la forme de fragments.

 

Où est Fanny ? Quelqu’un sait où elle est ? Depuis combien de temps est-elle partie ? Elle vous a dit quelque chose ? Quelqu’un l’a vu rentrer ? Chacun réalise à son rythme. Comment ça ? Fanny, mais elle était là tout à l’heure. J’en suis sûr, elle était avec toi. Tu lui parlais. Oui, je vous ai entendu rigoler cette après-midi. N’est-ce pas ? Oui, mais c’était avant qu’elle, qu’elle, … je ne sais plus. Je crois qu’elle a dit qu’elle s’ennuyait. C’est encore le père qui s’adresse à toute la famille : qui l’a vue en dernier ? Hein ? Alors ? Le silence du ressac se fait lourd. Personne ne sait ce qu’est devenue Fanny. Personne ne sait depuis combien de temps elle n’est plus parmi eux. C’est une trahison. Une double trahison. Fanny a quitté la famille et personne n’a prêté attention à Fanny. Ils se regardent. Leur regard interroge, il accusera bientôt.

***

Le soleil est tombé. La lune luit timidement sur la mer en furie. Un crabe traverse le sable entre deux rochers. La mer est au plus haut. Il fait tempête comme on dit ici. La famille s’est séparée en deux groupes. Et on les entend hurler le nom de la petite à tout vent. Ils s’affaiblissent à mesure que la mer crache sa bave blanche sur les rochers pointus de la dernière barrière.

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Dans la cheminée de la salle à manger le bois craque en grosses flammèches. La police va bientôt arriver. Elle est là. L’inspecteur pose les questions d’usage. Il note sur son livret à spirales les témoignages de chacun. La mère dit que ça ne sert à rien. Qu’il faut partir tout de suite. Qu’il faut des volontaires et reprendre les recherches. Elle répète que la dernière n’est pas assez couverte pour passer la nuit dehors. Et puis elle doit avoir peur. C’est une petite fille avec sur le dos un maillot de bain et une serviette en coton grande comme ça. Elle est sûrement trempée. Elle a faim, elle a froid. On ne peut rester là à discuter. Elle y va. Elle retourne sur la plage.

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Elle est partie chercher une crêpe ! Je me souviens. Elle a pris deux pièces dans le sac de maman et elle est allée chercher une crêpe au sucre. Vous en êtes sûr jeune homme ? Oui, tout à fait sûr. Je lui ai dit qu’avec de la configure de fraises c’est mieux mais elle a insisté, au sucre. C’est inquiétant. Oui, enfin pas tant que ça. C’est bizarre surtout, parce qu’au sucre c’est quand même vachement moins bon qu’à la fraise. Vous êtes d’accord avec moi à ce que je vois. Tu vois maman, le monsieur aussi trouve que c’est bizarre de préférer les crêpes au sucre quand on a assez d’argent pour s’en payer une à la confiture. Non, pas du tout. Ha bah si, tu dis ça parce que toi aussi tu préfères le sucre ? C’est incroyable ça. C’est sans doute parce que t’es une fille. Maman hurle à nouveau. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit encore. Tout ça pour une crêpe avant de rentrer manger. Mince. Fanny va encore se faire engueuler !

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La radio est allumée. Il y a un match ce soir. France-Allemagne. Fernand adore écouter les matchs à la radio. Bien au chaud. Après une grosse journée de travail, il aime se détendre devant son transistor. Ça lui rappelle son enfance. Il dit que c’est comme quand il était avec son papa. Dans son camion, sur l’autoroute, « sur le grand ruban noir » et « sous la lune solitaire ». Il raconte bien Fernand. Il se rappelle des longues nuits passées à écouter les exploits de l’Equipe de France. C’est bien mieux que la télé, qu’il dit tout le temps. Ça fourmille de jambes à grosses chaussettes. Y’a des buts en pleine lucarne et des poteaux rentrant. Ça hurle comme dans un stade là-dedans. Et il pointe son index sur son front. Son papa c’était le meilleur commentateur du monde. Il connaissait tous les maillots de toutes les équipes. Il savait le nom des arbitres. Fernand dit que le foot c’est bien parce que c’est un sport d’équipe. Et qu’un sport ça devrait toujours se partager.

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Je n’ai pas vu passer le temps. Ni les crêpes. L’équipe de France a perdu. Mais on a passé une chouette soirée. J’ai sommeille.

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Le matin pointe son nez de l’autre côté de la plage. La camionnette de Fernand s’illumine lentement. Un gendarme frappe à la porte.