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Un film

Texte écrit lors de mon atelier d’écriture.

Consigne : Faire deviner un film.

C’est l’histoire d’un homme. Et l’histoire d’une femme aussi. En fait, c’est l’histoire d’une rencontre. Enfin, vous allez me dire que c’est pareil dans tous les films, c’est une histoire d’amour quoi ! Oui, bon d’accord, expliqué comme ça, vous n’allez pas reconnaitre ce film ou vous n’aurez pas envie d’aller le voir. Je vais essayer de vous le raconter tout en vous laissant le bonheur de la surprise. Voyons voir… au début il neige, il neige et c’est ça qui fait tout le film. C’est à cause de la neige, c’est une tempête de neige qui déclenche tout ce qui va suivre. Ça n’est pas un film sur une catastrophe, non, non. Mais c’est quand même un film dont la météo est au cœur. Enfin là je sens que je vous perds. Je le fais un peu exprès aussi. C’est assez opportun. C’est comme le héros. Il ne comprend pas ce qui se passe. C’est le type de la météo, un vrai con – mais attention un con de première : imbu de sa personne, supérieur, méprisant, malpoli, bref, le type infréquentable. Un peu comme un adolescent attardé. D’ailleurs on pourrait dire que ce film c’est l’histoire d’une vie. La vie d’un homme qui n’a rien appris et à qui on donne une chance de vingt-quatre heures pour avoir un avenir. Voilà, je crois qu’avec ça vous êtes sur la piste. Monsieur Météo est un con, il veut coucher avec sa collègue, hop, vite fait bien fait, le soir, l’hôtel, la tempête de neige, c’est gagné d’avance étant donné son pouvoir de séduction. Oui mais la belle n’aime pas la bête et la bête se prend un rateau et on revient à la case départ.

Je recommence. C’est l’histoire d’un homme. Et l’histoire d’une femme aussi. En fait, c’est l’histoire d’une rencontre. Enfin, vous allez me dire que c’est pareil dans tous les films, c’est une histoire d’amour quoi ! Je l’ai déjà dit. Mais vous l’avez oublié. Vous ne savez même pas qu’il va neiger et que c’est loin d’être la fin de l’hivers. Pourtant ce con de Monsieur Météo a déjà annoncé le blizzard qui arrive mais personne ne l’écoute. Bref, l’homme-adolescent est perdu, il se rapproche de ses collègues pour leur dire qu’il a comme un sentiment de déjà-vu. « Evidemment » lui disent-ils puisqu’on fait à peu près la même chose tous les ans. Cette fois le gars en est sûr, c’était pas l’année dernière. Il envoie tout chier et il va se coucher.

Je recommence. C’est l’histoire d’un homme. Et l’histoire d’une femme aussi. En fait, c’est l’histoire d’une rencontre. Enfin, vous allez me dire que c’est pareil dans tous les films, c’est une histoire d’amour quoi ! Je l’ai déjà dit. Il y a ce jour entre eux qui ne sert à rien, cet effort quotidien pour supporter l’autre sans tenter de le comprendre, ces faux sentiments pour séduire, cet intérêt pour elle qui n’est issue que de l’envie de profiter de ses charmes… Rateau, re-rateau, re-re-rateau…

Je recommence. C’est l’histoire d’un homme. Et l’histoire d’une femme aussi. Mais ce con de journaliste s’en fiche complètement. De toutes façons ils ne seront jamais ensemble. C’est impossible pour lui. Mais dans l’histoire de cet homme ça n’est plus important. C’est totalement inutile même puisqu’il est là pour toujours et qu’elle disparait chaque soir.

Finalement c’est l’histoire d’un homme libre. Libre de voir, d’apprendre, de sculpter, de jouer du piano, de vieillir, même libre de mourir… enfin libre de s’ouvrir, d’être disponible, bienveillant, courageux et de transmette autour de lui. On dirait bien que c’est l’histoire d’un homme qui apprend à aimer.

Voilà, c’est ça. Mais c’est surtout l’histoire d’une petite bête qui vous dit quand l’hivers est fini. En anglais on l’appelle le chien de prairie…