
                                                                                   {"id":1448,"date":"2019-01-03T22:05:42","date_gmt":"2019-01-03T21:05:42","guid":{"rendered":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/?p=1448"},"modified":"2019-01-19T16:20:19","modified_gmt":"2019-01-19T15:20:19","slug":"avant-ca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/2019\/01\/03\/avant-ca\/?screen=Textes","title":{"rendered":"Avant \u00e7a"},"content":{"rendered":"<h3><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1450 alignleft\" src=\"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/avant-ca-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"178\" height=\"119\" srcset=\"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/avant-ca-300x200.jpg 300w, https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/avant-ca.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 178px) 100vw, 178px\" \/><\/h3>\n<h3>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&rsquo;\u00e9criture.<\/h3>\n<p><em>Consigne : Ecrire une nouvelle \u00e0 partir de cette photo puis imaginer une suite. La photo est extraite de\u00a0<u>Une Pluie sans fin<\/u>, de Dong Yue.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est un homme que l\u2019on va suivre. Il pleut, il fait noir, il fait gris, il fait triste. Mais il vient de se retourner, contre la marche. Il est \u00e0 contre-sens, pour un \u00e9crivain c\u2019est une situation douloureuse. C\u2019est un souvenir, c\u2019est une lumi\u00e8re, une id\u00e9e. Il est immobile, les autres le fr\u00f4lent, l\u2019ignorent, le nient. C\u2019est une lumi\u00e8re, un \u00e9clair dans l\u2019orage qui gronde, une voix dans le silence des regards qui se r\u00e9signent. Un visage parmi des ombres. Dans ces yeux je vois la v\u00e9rit\u00e9, la connaissance, la compr\u00e9hension. C\u2019est une lumi\u00e8re, dans l\u2019ignorance une fulgurance, l\u2019\u00e9clat d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation. Ses jouent se contractent, ses pommettes se tendent, ses l\u00e8vres vont s\u2019exprimer. Il sait. Cet homme au milieu de la foule hagarde, c\u2019est un homme qui se l\u00e8ve, qui va combattre avec des mots une force unanime, pour d\u00e9fendre la survie d\u2019une race. La race humaine. C\u2019est un enfant au milieu des adultes, un sale gosse capricieux qui est mont\u00e9 sur la table de l\u2019assembl\u00e9e et qui frappe de sa chaussure \u00e0 talon pour exiger qu\u2019on l\u2019\u00e9coute. Parce que ce qu\u2019il va nous dire est essentiel, parce qu\u2019il ne peut y avoir de v\u00e9rit\u00e9 plus haute, parce qu\u2019il ne s\u2019agit ni d\u2019une croyance, ni d\u2019une statistique. Parce qu\u2019il en va de notre vie et de notre avenir. Sur cette photo il y a l\u2019instant d\u2019avant. Il y a la chair de poule qui courre sous son pull tremp\u00e9, la clairvoyance d\u2019un \u00e9v\u00e8nement imminent qui rend cette seconde insupportable et l\u2019incite \u00e0 affronter ses contemporains. Il lui suffira d\u2019un cri, d\u2019un geste, d\u2019un mot pour leur transmettre son savoir et faire s\u2019effondrer leur quotidien. Pourtant, l\u00e0, lorsque la photo l\u2019a captur\u00e9, \u00e0 cet instant fig\u00e9 pour toujours, la vie autour est encore belle et l\u2019espoir possible. Cette photo c\u2019est l\u2019\u00e9motion latente avant les gorges qui se nouent et les yeux qui pleurent. C\u2019est le frisson avant qu\u2019il leur disent.<\/p>\n<h3><strong>Le plan<\/strong><\/h3>\n<p>Hurler dans la foule ne servirait \u00e0 rien. Il serait couvert par les trombes qui frappent ses compatriotes, alors il cherche. Il se plonge dans ses souvenirs, cherche un moyen de se faire entendre, de r\u00e9veiller la foule, de la brutaliser peut-\u00eatre\u2026 c\u2019est \u00e7a il faut frapper fort. Il ne faut pas hurler, il faut imposer le silence. Il a trouv\u00e9. Son plan s\u2019\u00e9chafaude rapidement, profiter de la force de la nature, exploiter les intemp\u00e9ries qui veulent r\u00e9duire son action et d\u00e9jouer la loi qu\u2019elle lui impose. Utiliser la force brute qui veut le battre et la retourner contre elle. Les conditions se d\u00e9chainent, s\u2019acharnent sur lui\u00a0? Tant mieux. Demain ce sera le nouvel an chinois, la ville est envahie de milliers de hauts parleurs surpuissant qui diffuseront de la musique dans chaque ruelle, chaque place, chaque trottoir. Pas une impasse, un pont, un tunnel sans son. Pas m\u00eame un train, un m\u00e9tro ou un t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique n\u2019\u00e9chappera au r\u00e9seau savamment install\u00e9. Alors il va monter en haut de l\u2019H\u00f4tel de Ville, il va brancher la sono sur le pic du paratonnerre, synchroniser la foudre avec le micro et lorsque la col\u00e8re des cieux s\u2019abattra, toute la ville vibrera \u00e0 l\u2019unisson. Le silence qui s\u2019en suivra lui donnera enfin l\u2019occasion de d\u00e9livrer son message. La messe est dite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&#039;\u00e9criture.<br \/>\nConsigne : Ecrire une nouvelle \u00e0 partir de cette photo puis imaginer une suite. La photo est extraite de\u00a0Une Pluie sans fin, de Dong Yue.<\/p>\n<p>C\u2019est un homme que l\u2019on va suivre. Il pleut, il fait noir, il fait gris, il fait triste. Mais il vient de se retourner, contre la marche. Il est \u00e0 contre-sens, pour un \u00e9crivain c\u2019est une situation douloureuse. C\u2019est un souvenir, c\u2019est une lumi\u00e8re, une id\u00e9e. Il est immobile, les autres le fr\u00f4lent, l\u2019ignorent, le nient. C\u2019est une lumi\u00e8re, un \u00e9clair dans l\u2019orage qui gronde, une voix dans le silence des regards qui se r\u00e9signent. Un visage parmi des ombres. 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