
                                                                                   {"id":1596,"date":"2019-01-28T23:38:23","date_gmt":"2019-01-28T22:38:23","guid":{"rendered":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/?p=1596?screen=Textes"},"modified":"2019-01-28T23:38:23","modified_gmt":"2019-01-28T22:38:23","slug":"des-ondes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/2019\/01\/28\/des-ondes\/?screen=Textes","title":{"rendered":"Des ondes"},"content":{"rendered":"<h3><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1597 alignleft\" src=\"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Lamer.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"140\" \/><\/h3>\n<h3>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&rsquo;\u00e9criture.<\/h3>\n<p><em>Consigne : Appliquer la technique du leitmotiv.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Tous les midis je dois faire une pause. Juste apr\u00e8s avoir fait mon rapport radio avec la base. Je dois laisser la barre de mon bateau \u00e0 son pilote automatique pour aller dormir. Ho \u00e7a ne dure pas longtemps, je n\u2019ai gu\u00e8re plus qu\u2019une vingtaine de minutes, non pas une vingtaine de minutes, quelle id\u00e9e, je n\u2019ai rien de plus que vingt minutes exactement pour tomber dans un sommeil imm\u00e9diat et profond, un repos r\u00e9parateur qui m\u2019\u00e9vitera plus tard de percuter un iceberg ou un container entre deux eaux. Au milieu de la journ\u00e9e c\u2019est bien, parce qu\u2019on y voit clair, alors si un autre navire s\u2019approche pendant que je suis dans les bras de Morph\u00e9e, je compte sur l\u2019\u00e9quipe d\u2019en face pour m\u2019\u00e9viter. Parce qu\u2019entre nous, je pr\u00e9f\u00e8re me fier \u00e0 un \u00e9quipage de chair et d\u2019os qu\u2019a un ordinateur, un sonar et un satellite\u00a0!<\/p>\n<p>Tous les midis je dois prendre contact avec le skipper. Je l\u2019appelle sur son t\u00e9l\u00e9phone GSM apr\u00e8s avoir re\u00e7u sa position (heureusement que nous avons un ordinateur, un sonar et un satellite\u00a0!) et nous v\u00e9rifions ensemble la route, la vitesse et la m\u00e9t\u00e9o. J\u2019ai ensuite une vingtaine de minutes, enfin une vingtaine, j\u2019ai exactement jusqu\u2019\u00e0 12h30 pour faire mon rapport au responsable de la course, lui communiquer tous les chiffres pour alimenter son tableau de bord et confirmer qu\u2019il n\u2019a pas percuter un concurrent ou un chalutier et que son m\u00e2t tient toujours. Toute l\u2019organisation compte beaucoup sur moi. C\u2019est terrible comme \u00e7a peut vous mettre la pression une secr\u00e9taire et une arm\u00e9e de sponsors. Heureusement que je peux compter sur l\u2019informatique.<\/p>\n<p>Tous les midis, je veux que mon \u00e9quipe soit au top. A treize heures les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s et radios veulent les nouvelles du jour. L\u2019information en direct\u00a0! Combien d\u2019abandon, combien de bateaux retourn\u00e9s, qui est devant, qui n\u2019arrivera que trois mois apr\u00e8s le premier, quels changements m\u00e9t\u00e9orologiques, quelles strat\u00e9gies, quels messages pour le public, \u2026 quelle tann\u00e9e\u00a0! Des images, du son, du sensationnel\u00a0! Sans compter les internautes : maintenant tout le monde peut poser des questions et donner son avis sur la strat\u00e9gie de route de machin, les voiles utilis\u00e9es par truc ou les moyens de x compar\u00e9s \u00e0 ceux de y\u00a0! On n\u2019avait pas suffisamment comme \u00e7a avec les radios et la t\u00e9l\u00e9, maintenant il faut remplir le r\u00e9servoir internet. Ils consomment les vautours, ils nous pompent litt\u00e9ralement le cerveau. Et on ne sait m\u00eame pas \u00e0 quoi ils ressemblent derri\u00e8re leur clavier\u00a0! L\u2019informatique, je vous le dis, en v\u00e9rit\u00e9, \u00e7a n\u2019est pas un progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Tous les midis je sais qu\u2019il va me parler. Je l\u2019entends \u00e0 sa voix, je le lis dans ces mots. Il est \u00e9puis\u00e9, il a peur, il a froid, mais, comme un go\u00e9land au-dessus de l\u2019\u00e9cume dont le bec forme sans cesse un rictus amus\u00e9, il est heureux. Il se bat contre l\u2019oc\u00e9an, il ruse contre le temps, il lutte contre la faim, il n\u00e9gocie avec Neptune mais jamais il ne baisse les bras. Et puis il me dit qu\u2019il m\u2019aime. Il trouve toujours le temps d\u2019un petit mot doux, l\u2019image d\u2019une fleur que j\u2019aime ou d\u2019un parfum que nous avons partag\u00e9, il me raconte des histoires dr\u00f4les, il invente des vacances que nous vivrons \u00e0 son retour, il me fait rire, il me fait pleurer. Il me fait du bien. Je me dis parfois que sans toute cette technologie qui nous relie les uns aux autres nous ne serions pas les m\u00eames, nous serions si seuls, si vides, si perdus quelques fois&#8230; Et pourtant, que seraient tous ces moyens sans la voix d\u2019un homme et d\u2019une femme, sans deux c\u0153urs qui battent \u00e0 travers les ondes d\u2019un syst\u00e8me qui les d\u00e9passent, sans ces \u00e9motions qui se r\u00e9veillent \u00e0 l\u2019accent de l\u2019autre\u2026 quel beau mariage que celui de l\u2019homme et de sa technologie\u00a0!<\/p>\n<p>Et tous les midis \u00e7a recommence !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&#039;\u00e9criture.<br \/>\nConsigne : Appliquer la technique du leitmotiv.<\/p>\n<p>Tous les midis je dois faire une pause. Juste apr\u00e8s avoir fait mon rapport radio avec la base. Je dois laisser la barre de mon bateau \u00e0 son pilote automatique pour aller dormir. Ho \u00e7a ne dure pas longtemps, je n\u2019ai gu\u00e8re plus qu\u2019une vingtaine de minutes, non pas une vingtaine de minutes, quelle id\u00e9e, je n\u2019ai rien de plus que vingt minutes exactement pour tomber dans un sommeil imm\u00e9diat et profond, un repos r\u00e9parateur qui m\u2019\u00e9vitera plus tard de percuter un iceberg ou un container entre deux eaux. Au milieu de la journ\u00e9e c\u2019est bien, parce qu\u2019on y voit clair, alors si un autre navire s\u2019approche pendant que je suis dans les bras de Morph\u00e9e, je compte sur l\u2019\u00e9quipe d\u2019en face pour m\u2019\u00e9viter. Parce qu\u2019entre nous, je pr\u00e9f\u00e8re me fier \u00e0 un \u00e9quipage de chair et d\u2019os qu\u2019a un ordinateur, un sonar et un satellite\u00a0!<\/p>\n<p>Tous les midis je dois prendre contact avec le skipper. Je l\u2019appelle sur son t\u00e9l\u00e9phone GSM apr\u00e8s avoir re\u00e7u sa position (heureusement que nous avons un ordinateur, un sonar et un satellite\u00a0!) et nous v\u00e9rifions ensemble la route, la vitesse et la m\u00e9t\u00e9o. J\u2019ai ensuite une vingtaine de minutes, enfin une vingtaine, j\u2019ai exactement jusqu\u2019\u00e0 12h30 pour faire mon rapport au responsable de la course, lui communiquer tous les chiffres pour alimenter son tableau de bord et confirmer qu\u2019il n\u2019a pas percuter un concurrent ou un chalutier et que son m\u00e2t tient toujours. Toute l\u2019organisation compte beaucoup sur moi. C\u2019est terrible comme \u00e7a peut vous mettre la pression une secr\u00e9taire et une arm\u00e9e de sponsors. Heureusement que je peux compter sur l\u2019informatique.<\/p>\n<p>Tous les midis, je veux que mon \u00e9quipe soit au top. A treize heures les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s et radios veulent les nouvelles du jour. L\u2019information en direct\u00a0! Combien d\u2019abandon, combien de bateaux retourn\u00e9s, qui est devant, qui n\u2019arrivera que trois mois apr\u00e8s le premier, quels changements m\u00e9t\u00e9orologiques, quelles strat\u00e9gies, quels messages pour le public, \u2026 quelle tann\u00e9e\u00a0! Des images, du son, du sensationnel\u00a0! Sans compter les internautes : maintenant tout le monde peut poser des questions et donner son avis sur la strat\u00e9gie de route de machin, les voiles utilis\u00e9es par truc ou les moyens de x compar\u00e9s \u00e0 ceux de y\u00a0! On n\u2019avait pas suffisamment comme \u00e7a avec les radios et la t\u00e9l\u00e9, maintenant il faut remplir le r\u00e9servoir internet. Ils consomment les vautours, ils nous pompent litt\u00e9ralement le cerveau. Et on ne sait m\u00eame pas \u00e0 quoi ils ressemblent derri\u00e8re leur clavier\u00a0! L\u2019informatique, je vous le dis, en v\u00e9rit\u00e9, \u00e7a n\u2019est pas un progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Tous les midis je sais qu\u2019il va me parler. Je l\u2019entends \u00e0 sa voix, je le lis dans ces mots. Il est \u00e9puis\u00e9, il a peur, il a froid, mais, comme un go\u00e9land au-dessus de l\u2019\u00e9cume dont le bec forme sans cesse un rictus amus\u00e9, il est heureux. Il se bat contre l\u2019oc\u00e9an, il ruse contre le temps, il lutte contre la faim, il n\u00e9gocie avec Neptune mais jamais il ne baisse les bras. Et puis il me dit qu\u2019il m\u2019aime. Il trouve toujours le temps d\u2019un petit mot doux, l\u2019image d\u2019une fleur que j\u2019aime ou d\u2019un parfum que nous avons partag\u00e9, il me raconte des histoires dr\u00f4les, il invente des vacances que nous vivrons \u00e0 son retour, il me fait rire, il me fait pleurer. Il me fait du bien. Je me dis parfois que sans toute cette technologie qui nous relie les uns aux autres nous ne serions pas les m\u00eames, nous serions si seuls, si vides, si perdus quelques fois&#8230; Et pourtant, que seraient tous ces moyens sans la voix d\u2019un homme et d\u2019une femme, sans deux c\u0153urs qui battent \u00e0 travers les ondes d\u2019un syst\u00e8me qui les d\u00e9passent, sans ces \u00e9motions qui se r\u00e9veillent \u00e0 l\u2019accent de l\u2019autre\u2026 quel beau mariage que celui de l\u2019homme et de sa technologie\u00a0!<\/p>\n<p>Et tous les midis \u00e7a recommence !<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[14,3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1596"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1596"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1596\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1598,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1596\/revisions\/1598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}