
                                                                                   {"id":1626,"date":"2019-01-30T22:57:35","date_gmt":"2019-01-30T21:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/?p=1626?screen=Textes"},"modified":"2019-01-30T22:57:35","modified_gmt":"2019-01-30T21:57:35","slug":"le-coupeur-de-tete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/2019\/01\/30\/le-coupeur-de-tete\/?screen=Textes","title":{"rendered":"Le coupeur de t\u00eate"},"content":{"rendered":"<h3>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&rsquo;\u00e9criture.<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1627 alignleft\" src=\"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/coupeurdetete-300x174.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"113\" srcset=\"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/coupeurdetete-300x174.jpg 300w, https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/coupeurdetete.jpg 327w\" sizes=\"(max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/p>\n<p><em>Consigne : Racontez un \u00e9v\u00e8nement pr\u00e8s de chez vous.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un temps mort. Un temps de pause, un moment o\u00f9 l\u2019on ne fait rien. O\u00f9 l\u2019on ne pense \u00e0 rien. Une absence de temps en quelque sorte, un retour au source. Une mer plate comme une limande, un trou dans l\u2019espace, vide, noir, non pas noir, sans couleur. On dit qu\u2019on ne pense jamais \u00e0 rien, pourtant l\u00e0 j\u2019avais vraiment l\u2019esprit vide. Comment vous dire\u00a0? Tenez, j\u2019\u00e9tais en mode ermite. Ermite de luxe plus exactement. En principe un homme isol\u00e9 a toujours quelque chose en t\u00eate ou en mains\u00a0: comment vais-je dormir, o\u00f9 serais-je en s\u00e9curit\u00e9, o\u00f9 trouver une banque ouverte \u00e0 cette heure, enfin ce genre de choses. L\u00e0, j\u2019avais \u00e9teint tous les voyants\u00a0: assis dans un fauteuil en cuir, le regard perdu fixant l\u2019homme \u00e0 blouse blanche en face de moi, la t\u00eate droite et immobile, le cou raide\u2026 j\u2019aurais tout aussi bien pu \u00eatre mort. Je crois d\u2019ailleurs que personne ne s\u2019est aper\u00e7u de mon absence. Les carreaux sales derri\u00e8re moi sur lesquels d\u00e9ambulaient des ombres, les murs froids, l\u2019eau qui coulait, j\u2019\u00e9tais un homme de la caverne de Platon. Je sentais, enfin, ne vous m\u00e9prenez pas, je ressentais la pr\u00e9sence de mes cong\u00e9n\u00e8res \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Nous \u00e9tions baign\u00e9s dans un doux flot continu m\u00ealant musique, paroles, bruits de fer, d\u2019eau et de vent qui nous isolait et nous endormait lentement. Je me suis abandonn\u00e9 \u00e0 cette musique hypnotique. J\u2019ai per\u00e7u la longue descente vers mon int\u00e9rieur s\u2019amorcer, mon cerveau s\u2019arr\u00eater et mes sens se figer. Apr\u00e8s quelques minutes \u00e0 peine dans cet \u00e9tat l\u00e9thargique des m\u00e9decins sans conscience auraient pu me d\u00e9clarer mort. Oui, je peux vous le dire\u00a0: j\u2019ai connu la mort c\u00e9r\u00e9brale. Heureusement mon c\u0153ur battait. Ho, ce n\u2019\u00e9tait pas de ce c\u0153ur que l\u2019on dit soumis aux \u00e9motions, non, ce n\u2019\u00e9tait que l\u2019amas de cellules autonomes produisant des contractions r\u00e9guli\u00e8res et garantissant ma circulation sanguine.<\/p>\n<p>Certains ont tent\u00e9 de m\u2019arracher des informations d\u2019une telle exp\u00e9rience. De grands ma\u00eetres bouddhistes, des fakirs, des adeptes de transes et de drogues fortes ont voulu savoir ce que j\u2019avais v\u00e9cu, ce que j\u2019avais rapport\u00e9 de ces minutes d\u2019absence. Ils ont voulu revivre mon voyage, parcourir ma longue descente vers cet oc\u00e9an d\u00e9sol\u00e9. Rien, je ne leur ai rien dit. Je ne leur dirais pas que c\u2019est dans ta boutique aseptis\u00e9e aux miroirs propres et aux \u00e9tag\u00e8res parfum\u00e9es que je v\u00e9cus la b\u00e9atitude d\u2019une conversation \u00e0 la d\u00e9rive, mon coiffeur de quartier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte \u00e9crit lors de mon atelier d&#039;\u00e9criture.<\/p>\n<p>Consigne : Racontez un \u00e9v\u00e8nement pr\u00e8s de chez vous.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un temps mort. Un temps de pause, un moment o\u00f9 l\u2019on ne fait rien. O\u00f9 l\u2019on ne pense \u00e0 rien. Une absence de temps en quelque sorte, un retour au source. Une mer plate comme une limande, un trou dans l\u2019espace, vide, noir, non pas noir, sans couleur. On dit qu\u2019on ne pense jamais \u00e0 rien, pourtant l\u00e0 j\u2019avais vraiment l\u2019esprit vide. Comment vous dire\u00a0? Tenez, j\u2019\u00e9tais en mode ermite. Ermite de luxe plus exactement. En principe un homme isol\u00e9 a toujours quelque chose en t\u00eate ou en mains\u00a0: comment vais-je dormir, o\u00f9 serais-je en s\u00e9curit\u00e9, o\u00f9 trouver une banque ouverte \u00e0 cette heure, enfin ce genre de choses. L\u00e0, j\u2019avais \u00e9teint tous les voyants\u00a0: assis dans un fauteuil en cuir, le regard perdu fixant l\u2019homme \u00e0 blouse blanche en face de moi, la t\u00eate droite et immobile, le cou raide\u2026 j\u2019aurais tout aussi bien pu \u00eatre mort. Je crois d\u2019ailleurs que personne ne s\u2019est aper\u00e7u de mon absence. Les carreaux sales derri\u00e8re moi sur lesquels d\u00e9ambulaient des ombres, les murs froids, l\u2019eau qui coulait, j\u2019\u00e9tais un homme de la caverne de Platon. Je sentais, enfin, ne vous m\u00e9prenez pas, je ressentais la pr\u00e9sence de mes cong\u00e9n\u00e8res \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Nous \u00e9tions baign\u00e9s dans un doux flot continu m\u00ealant musique, paroles, bruits de fer, d\u2019eau et de vent qui nous isolait et nous endormait lentement. Je me suis abandonn\u00e9 \u00e0 cette musique hypnotique. J\u2019ai per\u00e7u la longue descente vers mon int\u00e9rieur s\u2019amorcer, mon cerveau s\u2019arr\u00eater et mes sens se figer. Apr\u00e8s quelques minutes \u00e0 peine dans cet \u00e9tat l\u00e9thargique des m\u00e9decins sans conscience auraient pu me d\u00e9clarer mort. Oui, je peux vous le dire\u00a0: j\u2019ai connu la mort c\u00e9r\u00e9brale. Heureusement mon c\u0153ur battait. Ho, ce n\u2019\u00e9tait pas de ce c\u0153ur que l\u2019on dit soumis aux \u00e9motions, non, ce n\u2019\u00e9tait que l\u2019amas de cellules autonomes produisant des contractions r\u00e9guli\u00e8res et garantissant ma circulation sanguine.<\/p>\n<p>Certains ont tent\u00e9 de m\u2019arracher des informations d\u2019une telle exp\u00e9rience. De grands ma\u00eetres bouddhistes, des fakirs, des adeptes de transes et de drogues fortes ont voulu savoir ce que j\u2019avais v\u00e9cu, ce que j\u2019avais rapport\u00e9 de ces minutes d\u2019absence. Ils ont voulu revivre mon voyage, parcourir ma longue descente vers cet oc\u00e9an d\u00e9sol\u00e9. Rien, je ne leur ai rien dit. Je ne leur dirais pas que c\u2019est dans ta boutique aseptis\u00e9e aux miroirs propres et aux \u00e9tag\u00e8res parfum\u00e9es que je v\u00e9cus la b\u00e9atitude d\u2019une conversation \u00e0 la d\u00e9rive, mon coiffeur de quartier.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[14,3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1626"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1628,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626\/revisions\/1628"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmboucher.fr\/accueil\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}